Steve Vallières, directeur du développement hypothécaire à la Banque Nationale, révèle ce qu’il faut savoir avant de bloquer votre taux.
Je me suis récemment entretenu avec Steve Vallières, notre spécialiste hypothécaire à la Banque Nationale pour comprendre ce que l’avenir nous réserve face à la situation géopolitique actuelle.
Notre conversation s’est concentrée sur l’impact des conditions économiques mondiale sur les prêteurs et les emprunteurs dans l’ensemble du Canada.

Steve possède une solide expérience. Il gère un volume hypothécaire considérable, ce qui lui donne une perspective unique non seulement sur le comportement des emprunteurs individuels, mais aussi sur le portrait financier global qui influence actuellement le marché immobilier canadien.
Ce que les prêteurs surveillent
Selon Steve, les prêteurs observent attentivement les pressions inflationnistes depuis un bon moment.
Une grande partie de l’inquiétude découle de la hausse du coût des fonds pour les banques, alimentée par l’instabilité mondiale, les tensions géopolitiques et l’incertitude économique persistante à l’étranger.
Mais bien que les Canadiens portent souvent leur attention sur les taux directeurs de la Banque du Canada, il explique que les taux hypothécaires fixes sont largement influencés par le marché obligataire ainsi que par le coût auquel les banques peuvent obtenir leur capital.
Un changement dans le comportement des emprunteurs
Une tendance qu’il observe de plus en plus est l’intérêt des emprunteurs pour les hypothèques à taux fixe de plus longue durée.
De nombreux clients choisissent désormais des termes de 3, 5 et même 10 ans, principalement parce qu’ils anticipent une possible hausse des taux dans le futur.
Malgré les préoccupations liées à l’abordabilité et à l’inflation, plusieurs acheteurs poursuivent tout de même leurs projets immobiliers. Toutefois, il constate qu’une partie des consommateurs devient plus prudente et plus stratégique dans ses décisions d’achat.
Un marché concurrentiel
Steve souligne que les banques canadiennes, incluant la Banque Nationale, demeurent très concurrentielles, particulièrement durant les périodes très actives du marché immobilier comme le printemps.
Selon lui, certains prêteurs sont parfois prêts à absorber une partie des coûts d’emprunt à court terme pour demeurer compétitifs et gagner des parts de marché.
Il précise cependant que cet équilibre ne peut être maintenu indéfiniment.
« Il y a toujours une ligne mince entre stimuler l’économie et contrôler l’inflation », explique-t-il. « Éventuellement, si l’inflation demeure persistante, les taux devront s’ajuster. »
La peur face à la réalité
Steve est d’avis que la peur entourant les taux d’intérêt est parfois plus grande que l’impact réel que les emprunteurs subiraient.
L’un des principaux mécanismes de protection du système hypothécaire canadien demeure la simulation de crise hypothécaire fédérale, qui oblige les emprunteurs à se qualifier à un taux considérablement plus élevé que celui qu’ils obtiennent réellement, soit généralement le taux contractuel plus 2%, ou le taux minimal admissible établi.
Grâce à cette mesure, plusieurs propriétaires disposent déjà d’une certaine marge de sécurité financière face à des hausses de taux modérées.
Selon lui, même si les taux devaient continuer à augmenter, les ajustements nécessaires pour stabiliser l’inflation seraient probablement beaucoup moins dramatiques que ce que plusieurs consommateurs craignent actuellement. La plupart des emprunteurs seraient donc en mesure d’absorber l’impact sans perturbation majeure dans leur quotidien.
Une note d’optimisme
Nous avons terminé notre conversation sur une note résolument optimiste:
Bien que le Canada ne soit pas à l’abri des pressions économiques mondiales, il estime que les Canadiens ont la chance que plusieurs conflits géopolitiques et chocs financiers affectant les marchés se déroulent à l’extérieur de nos frontières.
Même si nous continuons d’en ressentir les effets indirects par l’inflation, les pressions sur les chaînes d’approvisionnement et la hausse des coûts, il demeure confiant envers la résilience de l’économie canadienne.
Son message était simple: Si les Canadiens continuent de privilégier la stabilité économique, l’emprunt responsable et une vision de croissance à long terme, le pays traversera ces défis comme il l’a fait lors de chaque période d’incertitude par le passé.
